Mise en place de la réforme des rythmes scolaires :

Chronique d’une catastrophe annoncée
vendredi 18 octobre 2013
par  SUD Education 63

Dans le Puy-de-Dôme, plus de la moitié des élèves sont passés à la semaine de 4,5 jours. Même si quelques témoignages de collègues nous indiquent que, dans certaines communes, la mise en place des nouveaux rythmes s’est faite dans la douceur, la très grande majorité des échos qui nous parviennent sont alarmants, surtout pour les temps péri-éducatifs (les TAP) et les activités qui prolongent l’école le mercredi après-midi. Les dysfonctionnements s’enchaînent, des enfants se retrouvent mal et/ou sous-encadrés, sans activité, sans salle d’étude ou ballotés pendant des heures dans des bus, les activités peinent à se mettre en place et ne permettent pas d’accueillir tous les enfants inscrits. Tout est mal préparé : temps, locaux, matériels, personnels…
« Il n’y a aucun budget pour les TAP. »
Qui peut prétendre que ces conditions sont favorables au bien-être des enfants ? Elles sont inévitablement la cause de beaucoup de fatigue et d’insécurité, au moins affective, pour les enfants.

Malaise généralisé

Pour les écoles qui sont entrées dans le moule officiel (réduction de 3/4 d’heure de la journée de classe suivie de TAP + mercredi matin), le constat est accablant.

• Les personnels territoriaux ou associatifs se retrouvent trop souvent dans des situations difficiles : problème de taux d’encadrement, de locaux, de gestion de groupes (qui vient ? qui est inscrit ?…), de discipline. Et ils sont en première ligne pour subir l’agressivité de parents excédés par une organisation lamentable, dont ils sont les victimes au regard de leurs conditions de travail et pas les responsables. A Clermont-Ferrand, malgré un mouvement de grève au printemps qui a été très peu compris par les parents et les enseignants, la grève reprend le 9 octobre. Souvent précaires, animateurs et Atsem se retrouvent dans des situations pour lesquelles ils ne sont pas formés, mal rémunérés et avec des horaires infernaux.
« Ce mercredi, en maternelle, j’ai attendu 20 minutes que les étudiants viennent chercher les enfants allant à la cantine. Ils n’avaient pas toutes les listes et celles qu’ils avaient n’étaient pas à jour. »
« Dans mon école, un seul bénévole : Papy XXXXX, 82 ans. »

• Les parents ne comprennent pas la différence entre classe, APC (activités pédagogiques complémentaires), TAP, garderie… Une véritable confusion entre le scolaire et le périscolaire s’installe. Et qui est le principal interlocuteur des parents ? C’est l’enseignant-e, à qui l’on demande de s’adapter et de faire l’intermédiaire pour toutes choses avec le périscolaire. Nous nous heurtons aussi au mécontentement, parfois à la colère et toujours à l’incompréhension des parents.
« Hier, en réunion de rentrée, les parents m’ont demandé de déplacer le créneau piscine et le créneau arts plastiques de la classe, parce que ces soirs-là, il y a des activités similaires en périscolaire. »

• Les enseignants sont contraints de s’adapter à la situation. Et après la classe, alors qu’ils ont encore du travail ou mieux à faire, ils doivent épauler les élèves perdus, ceux à qui personne n’ouvre le goûter, transmettre les commissions des familles aux animateurs… Plus de fatigue, plus de stress, plus de souffrance au travail.
« Régulièrement de nouveaux étudiants viennent remplacer ceux qui ont déjà démissionné. Ils arrivent deux heures après leur entretien d’embauche et ne savent ni ce qu’ils sont censés faire ni même leurs horaires. Qui leur explique ? »

• Pour les écoles des communes qui ont choisi la voie « dérogatoire » (avec des journées qui n’ont pas toutes la même durée et des TAP regroupés), le constat est le même : désorganisation générale, à laquelle s’ajoute la fatigue d’un rythme qui ne tient aucun compte des enfants. Enseignants et parents sont très nombreux à observer qu’au bout du compte c’est plus de fatigue et de stress pour les enfants.

• Les lubies de certains inspecteurs viennent compléter le tableau. Certains ont des exigences plus contraignantes que les textes sur l’heure et le contenu des APC.
« […] pas d’APC entre midi et deux […] alors que l’année dernière, ça ne posait pas de problème pour faire la même durée d’aide personnalisée. »
« […] que de l’aide aux enfants en difficultés. Mon projet pour toute la classe, élaboré à la suite de la lecture de la circulaire, il m’a dit qu’il n’en voulait pas. »

D’autres s’affranchissent complètement des textes et décrètent, par exemple, que la récréation de l’après-midi est interdite, visant ainsi à imposer plus de deux heures de classe à des élèves de 6-7 ans alors que cela ne se pratique même pas au collège.
« Tout le monde fait en douce la récré quand-même car on constate que les enfants en ont grand besoin […] que se passera-t-il en cas d’accident ? »
Comme si les conditions n’étaient pas assez éprouvantes et qu’on pouvait encore accepter ce genre de caprices.

Enfin la direction académique a décidé que le mercredi était LE jour de rotation des enseignants à temps partiel.
« Au printemps j’avais demandé à être libre le lundi et à travailler les autres jours. A la rentrée j’ai découvert que j’étais contrainte d’abandonner ma classe un mercredi par mois. C’est absurde. Et c’est 3% de salaire en moins. »
Dans tous les départements, les syndicats SUD éducation dénoncent la même absence d’anticipation et la même désorganisation.
SUD éducation n’a cessé de le répéter depuis un an : une telle réforme n’avait aucun caractère d’urgence (contrairement à la suppression des programmes de 2008 qui attendra encore 2 ans), elle avait besoin de temps et de consensus pour se mettre en place. Les modalités de la réforme ne répondent en rien aux besoins physiologiques des enfants. En refusant d’entendre les professionnels de l’éducation et aussi nombre de parents d’élèves, d’élus, de spécialistes des rythmes de l’enfant, le ministre a provoqué la désorganisation du système, préjudiciable aux élèves et aux personnels de toutes catégories. Il a créé une situation de péril que SUD éducation dénonce. Nous invitons les enseignants à continuer de nous transmettre leurs relevés des dysfonctionnements constatés. Nous ne pouvons nous rendre complices d’une atteinte aussi grave à l’école, à ses élèves et à ses personnels


Agenda

<<

2017

 

<<

Janvier

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2627282930311
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
303112345
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois