Visite médicale des grandes sections : entre langue de bois et novlangue

mardi 24 janvier 2017
par  SUD Education 63

En septembre, toutes les écoles de département ont été destinataires d’un courrier de l’IA expliquant que le dépistage médical qui se faisait de façon systématique dans la sixième année de l’enfant ne se ferait plus. Ce dépistage concernait notamment des troubles spécifiques du langage et de l’apprentissage, et chaque année il révélait des atteintes de la vision comme de l’audition parmi les élèves examinés.

Dans le code de l’éducation, il est indiqué que : « Les actions de promotion de la santé des élèves font partie des missions de l’éducation nationale. Elles sont en priorité assurées par les médecins et infirmiers de l’éducation nationale. »

C’est sur le « en priorité » que s’appuie l’IA pour désengager la médecine scolaire. Pourtant le code de l’éducation précise :
« Au cours de la sixième année, une visite comprenant un dépistage des troubles spécifiques du langage et de l’apprentissage est organisée. Les médecins de l’éducation nationale travaillent en lien avec l’équipe éducative, les professionnels de santé et les parents, afin que, pour chaque enfant, une prise en charge et un suivi adaptés soient réalisés suite à ces visites. » Il est bien écrit qu’une « visite est organisée » ; aussi est-on en droit de penser que la nouvelle organisation proposée par l’inspecteur d’académie ne respecte pas le code de l’éducation.

Dans son courrier adressé aux directeurs, l’IA parle d’une « légère modification », or, supprimer la visite médicale n’est pas une légère modification !

Toujours pour noyer le poisson et répondre tout de même à la mission de promotion de la santé des élèves, il demande aux enseignants, sous couvert d’innovation, de participer activement au repérage des enfants susceptibles de faire l’objet d’une visite médicale avec le médecin scolaire. On appréciera l’utilisation de la novlangue du management : ainsi il s’agit d’une « nouvelle stratégie » qui demande un « travail d’équipe » et qui a pour « objectif » de contribuer à la réussite de tous les élèves.

Mais comment la suppression du dépistage médical pourrait-elle contribuer à la réussite de tous les élèves, et en particulier à ceux qui sont les plus éloignés du système de santé ? L’an dernier encore, le médecin scolaire de mon secteur a dépisté lors de cette visite médicale, un problème d’audition chez un enfant qui avait été signalé à tort comme ayant des problèmes de comportement. Cette nouvelle « stratégie » ne lui aurait certainement pas réussi, pas plus qu’aux 2 ou 3 enfants qui chaque année, portent des lunettes grâce au petit mot du médecin scolaire…

L’inspection a transmis un second courrier à destination des parents : là encore, l’IA joue sur les mots en confondant volontairement « bilan de santé » et « visite médicale ». Subtile différence. Le médecin scolaire enverra une enquête aux parents qui pourront lui joindre les documents médicaux qu’ils souhaitent transmettre. L’enseignant sera également invité à repérer d’éventuelles difficultés. En fonction de ces données, le médecin jugera s’il est nécessaire ou non de faire une vraie visite médicale. Voilà comment on transforme une visite en un bilan.

Quels sont les mobiles de cette « nouvelle stratégie » ? : ils sont très prosaïques et se trahissent sans doute, dans cette petite annonce, sur le site de l’inspection académique : « Des postes de médecins scolaires sont également à pourvoir pour les quatre départements de l’académie (Allier, Cantal, Haute-Loire, Puy-de-Dôme).

  • Formation : doctorat en médecine
  • Inscription à l’ordre des médecins obligatoire
  • Rémunération : 2 530,80 € brut (pour 80 heures de vacations) »

Une fois encore, sous couvert d’innovation et de partenariat, on veut nous faire croire que l’éducation nationale peut remplir sa mission en l’absence de moyens et faire effectuer des visites médicales -pardon des bilans de santé- sans médecin…

S’il y a un véritable problème de recrutement (nous manquons de médecins), il ne faut pas minimiser le problème ni tenter de le dissimuler. Toutes les « stratégies » (finalement on s’y fait à la novlangue…) ont-elles été envisagées ? Un partenariat médecine privée/ médecine scolaire serait-il envisageable et souhaitable ? Les nouvelles MSP (maisons de santé pluriprofessionnelles) ne pourraient-elles pas intégrer cette visite médicale dans leur projet collectif de santé ? Enfin, il faudrait a minima que tous les médecins généralistes sachent que le dépistage infirmier ne sera plus systématique pour les 6 ans, or ceux à qui nous avons communiqué l’information n’en avaient pas connaissance et estimaient tous, pour leur pratique, qu’il était important de le savoir.

Combien faudra-t-il de scolarités gâchées par une absence de diagnostic en temps et en heure, et combien faudra t-il de parents qui portent plainte devant le tribunal administratif pour carence de l’administration en matière de santé scolaire pour que l’on se rende compte qu’il ne s’agissait pas d’une légère modification ?


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