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Archives - Robien et la lecture


Interdiction professionnelle dans l’Education nationale
communiqué de la Fédération SUD Education

A la suite de la parution du livre « Apprendre à lire à l’école. Tout ce qu’il faut savoir pour accompagner l’enfant », dont il est le co-auteur, Roland Goigoux, Professeur des Universités à l’IUFM d’Auvergne, directeur du laboratoire de recherche PAEDI, vient de se voir retirer la formation qu’il assurait par ailleurs depuis dix ans à l’Ecole Supérieure de l’Education Nationale.

Cette interdiction professionnelle, que le ministre de l’Education nationale a cru bon d’accompagner de propos insultants, intervient alors que l’ouvrage incriminé ne reprend certes pas les vues particulières du ministre sur la lecture, mais présente un enseignement conforme aux programmes nationaux révisés en mars 2006.

Elle traduit une volonté de mettre au pas l’enseignement et la recherche en les soumettant aux dogmes du ministre du moment, au détriment de la qualité des formations.

SUD Education dénonce cette mesure et appelle à soutenir Roland Goigoux et tous ceux qui sont victimes de tels diktats.


Il n'y a pas lieu d'imposer une unique méthode d'enseignement de la lecture

Les récents débats sur les méthodes d'enseignement de la lecture ont conduit un certain nombre de chercheurs en psychologie cognitive, neuropsychologie et sciences de l'éducation à rappeler les résultats des études d'évaluation de l'efficacité des différentes méthodes, et à formuler notamment les recommandations suivantes:

Il faut enseigner les relations graphèmes-phonèmes (entre les lettres et les sons) de manière systématique et explicite, dès le début du cours préparatoire.

Il existe de nombreuses manières d'enseigner les relations graphèmes-phonèmes: des approches synthétiques, combinant les phonèmes pour construire les syllabes et les mots; des approches analytiques, décomposant les mots en syllabes et en phonèmes; et des approches combinant à divers degrés les deux précédentes. Les études d'évaluation ne font pas ressortir de différences significatives d'efficacité entre ces différentes approches.

Les résultats scientifiques actuels suggèrent donc d'écarter les méthodes qui n'enseignent pas les relations graphèmes-phonèmes, ou qui ne les enseignent pas de manière explicite et systématique, ou qui ne les enseignent pas suffisamment tôt (souvent appelées "méthodes globales", ou selon les acceptions, correspondant à une partie des méthodes globales). Toutes les autres méthodes semblent acceptables.

L'arrêté de mars 2006 modifiant les programmes d’enseignement de l’école primaire a précisé les programmes de 2002, en restreignant l'éventail des méthodes d'enseignement de la lecture recommandées précisément à celles suggérées par les travaux scientifiques. Il s'agit donc là d'une évolution positive.

Conformément aux résultats scientifiques, les nouveaux programmes laissent aux enseignants le choix entre les nombreuses méthodes utilisant des approches synthétiques, analytiques, ou une combinaison des deux, dans la mesure où, quelle que soit la méthode choisie, l'enseignant prend soin d'enseigner les correspondances graphèmes-phonèmes, afin de développer l'automatisation de la reconnaissance des mots et la compréhension.

Compte tenu des textes de loi définissant les programmes, et compte tenu des travaux scientifiques qui les inspirent, il n'y a donc pas lieu d'exiger des enseignants le recours à une méthode unique. Il n'y a notamment pas lieu de leur imposer l'usage d'une méthode exclusivement synthétique (parfois appelée "la méthode syllabique").

Franck Ramus, Chargé de Recherches au CNRS, et Rémi Brissiaud, Maître de Conférences à l'IUFM de Versailles

Co-signataires:

Mireille Bastien-Toniazzo, Maître de Conférences à l'Université de Provence
Séverine Casalis, Maître de Conférences à l'Université Lille 3
Sylvie Cèbe, Professeur à l'Université de Genève
Pascale Colé, Professeur à l’Université de Savoie
Marcel Crahay, Professeur à l'Université de Genève
Jean-François Démonet, Directeur de Recherches à l’INSERM
Jean Ecalle, Maître de Conférences à l’Université Lyon 2
Michel Fayol, Professeur à l'Université Clermont-Ferrand II
Jacques Fijalkow, Professeur à l'Université Toulouse II
Daniel Gaonac'h, Professeur à l'Université de Poitiers
Roland Goigoux, Professeur à l'IUFM d'Auvergne
Jean-Emile Gombert, Professeur à l’Université Rennes 2
Jacqueline Leybaert, Chargée de Cours à l’Université Libre de Bruxelles
Annie Magnan, Professeur à l’Université Lyon 2
José Morais, Professeur à l'Université Libre de Bruxelles
Laurence Rieben, Professeur à l'Université de Genève
Liliane Sprenger-Charolles, Directrice de Recherches au CNRS
Annick Weil-Barais, Professeur à l'Université d'Angers
Pascal Zesiger, Professeur à l'Université de Genève
Johannes Ziegler, Directeur de Recherches au CNRS

Voir notamment:
Ramus, F., Casalis, S., Colé, P., Content, A., Démonet, J. F., Demont, E., et al. (2006).
Un point de vue scientifique sur l'enseignement de la lecture. Le Monde de l'Education, Mars 2006.
Et:
Sprenger-Charolles, L., & Colé, P. (2006).
Pratiques pédagogiques et apprentissage de la lecture. Cahiers Pédagogiques, Mars 2006.



Lettre ouverte au ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Paris, le 12 octobre 2006

Monsieur le Ministre,

Depuis près d’un an, vous entretenez le trouble dans l’opinion publique sur l’apprentissage de la lecture et professez le simplisme pédagogique en la matière. Vos prises de position, souvent caricaturales et aux fondements scientifiques contestés, s’opposent aux contenus même des programmes que vous avez signés.

Comment pouvez-vous déclarer en effet que « seule la synthèse (méthode syllabique) doit être employée à l’exclusion de toute autre » alors que les programmes indiquent sans ambiguïté qu’il faut recourir à deux procédures : l’approche synthétique (des lettres vers le mot) et l’approche analytique (du mot vers les lettres) ?

Comment pouvez-vous prétendre, monsieur le ministre, que la méthode syllabique est la meilleure méthode d’apprentissage de la lecture alors que, par le passé, avant même que l’on parle d’approche globale de la lecture, près d’un jeune sur deux sortait de l’école sans aucun diplôme ? Les professeurs de collège se plaignaient à l’époque que leurs élèves savaient déchiffrer mais qu’ils ne comprenaient pas ce qu’ils lisaient. On constate aujourd’hui encore, d’après une enquête INSEE de 2004, que c’est parmi les plus de 55 ans que le pourcentage de personnes ayant des difficultés de lecture est le plus important.

Comment pouvez-vous affirmer que votre démarche s’appuie sur des études scientifiques alors que vous empêchez des chercheurs de s’exprimer et que les soutiens que vous avez évoqués prennent ouvertement leurs distances comme viennent de le faire plusieurs chercheurs en neurosciences lors d’un séminaire du Collège de France en déclarant : « La psychologie cognitive ne prescrit pas de méthode unique d’enseignement » ou encore « les approches synthétique et analytique sont toutes les deux efficaces ?

Monsieur le ministre, vous affichez publiquement des positions qui sont en contradiction avec celles des programmes que vous avez signés.

Vous déformez délibérément les résultats aux différentes évaluations pour pouvoir prétendre que les élèves ne savent plus lire et que l’Ecole est en danger.

Vous écartez des chercheurs reconnus des dispositifs de formation sous prétexte que leur parole n’est pas en conformité avec votre discours.

Vous menacez les enseignants du premier degré d’une enquête pour vérifier s’ils appliquent vos consignes et à l’inverse, vous soutenez officiellement les promoteurs du retour aux méthodes pédagogiques d’il y a un siècle et qui sont en contradiction avec les programmes officiels actuels.

Vous engagez les parents à dénoncer les maîtres qui n’appliqueraient pas une méthode exclusivement syllabique, alors qu’ils n’ont pas les compétences pour identifier la méthode utilisée et que ce n’est pas leur rôle.

Jusqu’où irez-vous monsieur le ministre, dans le dénigrement des enseignants et le mépris des parents ? Jusqu’où ira votre acharnement ?

Parents, nous considérons que la réussite de nos enfants aujourd’hui ne passe pas par le retour aux méthodes du passé. Nous considérons que c’est par le dialogue entre enseignants, parents et responsables de l’Education nationale que le progrès est possible dans le domaine de l’éducation. Nous rejetons toute forme d’autoritarisme.

Enseignants, nous sommes des professionnels. Nous connaissons et respectons les programmes d’enseignement. Nous oeuvrons tous avec détermination et professionnalisme pour conduire le plus grand nombre d’enfants à la maîtrise de la lecture et de l’écriture.

Inspecteurs de l’Education nationale, conseillers pédagogiques et formateurs d’enseignants, nous avons toujours fait en sorte d’aider les enseignants dans leur pratique professionnelle dans le respect de la personnalité de chacun et dans l’intérêt des élèves.

Militants d’associations éducatives, nous savons par notre engagement au côté de l’Ecole que l’apprentissage de la lecture passe par des voies multiples et diversifiées et mérite mieux que les slogans et les simplismes.

La réussite des élèves ne peut se résumer à une affaire de méthode. Au-delà du professionnalisme nécessaire, elle nécessite une relation de coopération et de confiance entre les parents et les enseignants, relation nourrie par le dialogue et que nous nous employons quotidiennement à construire.

Aussi, nous vous demandons, monsieur le ministre, de cesser de caricaturer l’apprentissage de la lecture, de mettre en cause la formation des enseignants et d’entretenir la suspicion au sein de notre système éducatif, car en faisant cela, c’est vous qui mettez l’Ecole en danger.

AFEF – Viviane YOUX, Présidente
AGEEM - Lucille BARBÉRIS, Présidente
AIRDF – Christine BARRÉ DE MINIAC, Présidente
CRAP Cahiers pédagogiques, Dominique GUY, Secrétaire générale
FCPE – Farid HAMANA, Président
GFEN – Odette BASSIS, Présidente
ICEM Pédagogie Freinet – Catherine CHABRUN, Présidente
LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT – Eric FAVEY, Secrétaire national
SI.EN-UNSA – Patrick ROUMAGNAC, Secrétaire général
SE-UNSA – Luc BÉRILLE, Secrétaire général
SGEN-CFDT – Jean-Luc VILLENEUVE, Secrétaire général
SNUIPP-FSU – Gilles MOINDROT, Secrétaire général
SNPI-FSU – Erick PONTAIS, Secrétaire général


Date de création : 14/01/2007 ~ 15:46
Dernière modification : 24/02/2007 ~ 22:56
Catégorie : Archives
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