Azimuts N° 208 - novembre 2012

jeudi 22 novembre 2012
par  SUD Education 63

Sommaire

Refonder ce n’est pas cela

L’Ecole publique, de la maternelle à l’université vient de vivre dix années sous le règne de gouvernements de droite. Sur le plan pédagogique, la prétendue égalité des chances affirmée dans la loi Fillon de 2005 a servi de socle à une école minimale dans laquelle chacun devient responsable de sa réussite et donc de son échec. Les personnels se sont trouvés face à des logiques managériales qui cassent les collectifs de travail voire les rendent impensables. Sur le plan budgétaire le quinquennat de Sarkozy aura marqué une accélération sans précédent des suppressions de postes.

Au final les contre-réformes se sont empilées jusqu’à casser le sens de nos métiers pour y introduire des logiques de surveillance, d’évaluation individuelle permanente et augmenter la charge de travail. 80 000 postes ont disparu et l’échec à l’école s’en est trouvé renforcé à tous les niveaux et pas seulement dans le premier degré

Pas de diagnostic partagé

Au fil des réunions -davantage interventions juxtaposées que véritables échanges- nous avons souvent constaté que la « refondation » ne consistait pas à remettre en cause ou même à questionner sur le fond les volets les plus contestés et les plus nuisibles des contre-réformes de ces dernières années. La refondation annoncée n’est donc pas une rupture avec la politique précédente et ne mérite pas son nom. Aussi bien sur le plan pédagogique que budgétaire, elle ne traduit pas une véritable volonté de lutte contre l’échec à l’école des enfants des classes populaires. La refondation de Peillon reste rivée aux indicateurs internationaux de résultats (PISA) et aux coûts financiers induits (OCDE) sans revenir à la réalité du terrain. Elle accorde ainsi une priorité, sans contenu réel, au premier degré en ignorant, entre autres, la dégradation des conditions de travail et d’étude induite par la réforme des lycées. La refondation veut réinstaller une formation professionnelle des enseignants sans tirer les conséquences du préjudice subi par l’école et ses personnels suite à la casse opérée sous le nom de « masterisation » par Sarkozy, ses ministres et les adversaires de toujours des IUFM. La refondation s’alarme de l’exclusion et du décrochage scolaire. Elle s’inquiète des 18% de bacheliers qui sortent du supérieur sans diplôme nouveau et qui sont majoritairement des bacheliers technologiques et professionnels. Mais jamais elle n’interroge la pertinence de l’organisation de l’enseignement au lycée en trois filières distinctes (professionnelle, technologique, générale). Le Ministre dit vouloir 50% d’une classe d’âge détenant un diplôme d’enseignement supérieur (42% actuellement) mais cela sans réfléchir au rôle socialement structurant de ces trois filières auxquelles il faut rajouter le CAP comme filière de relégation accrue par la réforme du baccalauréat professionnel.

A l’autre bout du système, le Ministre veut scolariser davantage les très jeunes enfants pour favoriser l’entrée dans les apprentissages, notamment de la langue orale, mais sans jamais remettre en cause réellement la taille des classes où doit se pratiquer cet apprentissage de l’oral.

Le choix directeur du gouvernement et de Hollande reste le paiement de la « dette ». Cette acceptation du libéralisme à l’échelle européenne affaiblit les possibilités réelles d’une refondation progressiste de l’Ecole. Dans ce cadre, l’austérité budgétaire accrue pour les uns au nom d’une priorité à l’Ecole débouche nécessairement sur un mirage, celui de la refondation qui ne fait pas rupture -pas même sur la logique de l’évaluation des compétences-. Cette refondation n’est pas un outil de reconstruction du collectif à l’Ecole mais bien la perpétuation d’une école où domine la centration sur l’individu élève et ses compétences mesurées en vue de la compétition scolaire.

Cette refondation ne remet pas en cause les choix éducatifs de dix années de droite au pouvoir mais tente seulement d’améliorer les performances de la France dans les échelles internationales de coûts et de compétences. Notre choix reste celui de la réflexion critique et de l’action syndicale revendicative pour une école de l’égalité des droits et de la réussite scolaire des enfants des milieux populaires.


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