Présentée et discutée une première fois en 2024 puis suspendue en raison des débats budgétaires et de l'instabilité politique, la réforme du recrutement et de la formation initiale des enseignant·es a été relancée au printemps 2025 et sera mise en œuvre à partir de la session 2026. SUD éducation fait le point sur l'état des travaux.
Pourquoi cette réforme ?
Depuis la session 2022, les candidat·es aux concours de recrutement des enseignant·es devaient être inscrit·es en M2 ou devaient déjà être titulaires d'un M2. Cette réforme avait conduit à un effondrement du nombre d'inscrit·es qui, depuis 2017, était déjà sur une pente descendante pour les Capes. Elle avait en outre conduit à faire de l’année de master 2 une année intenable pour les étudiant·es qui doivent passer le concours, faire des stages et valider leur M2.
Évolution des inscriptions, des présent·es, des admissibles et des admis·es au Capes externe (toutes disciplines)

Face à une attractivité en berne des métiers de l'enseignement (conséquence d’un manque de revalorisation salariale et de la dégradation des conditions de travail), le ministère a décidé en 2024 de reprendre à son compte les revendications d'une partie des organisations syndicales sur le positionnement du concours et l'organisation de la formation initiale.
Qu'est-ce qui change ?
À partir de la session 2026, trois changements majeurs sont introduits dans le recrutement et la formation initiale des enseignant·es :
- les concours (hors agrégation) sont placés au niveau bac+3 et non plus bac+5, ce qui signifie qu'il suffit désormais d'être inscrit·e en L3 ou d'être déjà titulaire d'une L3 pour s’inscrire aux concours;
- la formation initiale des lauréat·es s'organisera en deux ans au sein des Inspe dans le cadre d'un master enseignement et éducation (M2E), sous statut d'élève-fonctionnaire la première année (avec une rémunération d'environ 1400 € nets par mois) et sous statut de fonctionnaire stagiaire la deuxième année (avec une rémunération d'environ 1800 € nets par mois) ;
- pour les lauréat·es des concours bénéficiant de ces deux années de formation rémunérées, la titularisation est assortie d'un engagement à servir comme enseignant·e ou CPE selon le concours pour une durée de quatre ans.
La formation initiale comprend des stages en observation et pratique accompagnée pendant la première année et une mise en responsabilité à 50% la deuxième année.
Dès le début de la concertation sur cette nouvelle réforme, SUD éducation a dénoncé l'utilisation des lauréat·es des concours comme des moyens d’enseignement pendant leur temps de formation et demandé à ce que les périodes de responsabilité en M2 soient limitées à un maximum d’un tiers de service. Pour SUD éducation, la mise en œuvre de l'engagement à servir de quatre ans constitue un frein à l’attractivité compte tenu des conditions de travail pour les néo-titulaires.
À noter que le ministère prévoit de nombreuses exceptions au principe d'une formation en deux ans en fonction du parcours universitaire et professionnel antérieur des lauréat·es :
| Profil | Durée de la formation initiale | Statut |
| Titulaire d’une L3 | 2 ans en M2E | M1 : élève-fonctionnaire M2 : fonctionnaire-stagiaire à 50 % en responsabilité |
| Titulaire d’un M1 sans lien avec l’enseignement et sans expérience significative | 1 ou 2 ans en M2E selon l’avis de la commission académique | M1 : élève-fonctionnaire à 50 % en responsabilité M2 : fonctionnaire-stagiaire |
| Titulaire d’un M1 sans lien avec l’enseignement mais avec une expérience significative d’enseignement | 1 an en M2E | Fonctionnaire-stagiaire à 50 % en responsabilité |
| Titulaire d’un M1 en lien avec l’enseignement | 1 an en M2E | Fonctionnaire-stagiaire à 50 % en responsabilité |
| Titulaire d’un M2 sans lien avec l’enseignement | 1 an en DU ou DIU | Fonctionnaire stagiaire à 50 % en responsabilité |
| Titulaire d’un M2 en lien avec l’enseignement | 1 an avec 10 à 20 jours de formation | Fonctionnaire stagiaire à 100 % en responsabilité |
| Titulaire d’une L3 remplissant les conditions du concours interne ou du 3e concours | 1 an en DU ou DIU | Fonctionnaire stagiaire à 50 % en responsabilité |
Pour les lauréat·es du CAPLP dans des spécialités professionnelles (hormis en biotechnologie, économie-gestion et sciences et techniques médico-sociales), la formation initiale sera organisée en une seule année de DU sous statut de fonctionnaire stagiaire à 50 % en responsabilité.
Pendant la période transitoire, c'est-à-dire pour les sessions 2026 et 2027, un concours en M2 est maintenu en parallèle du concours en L3 pour le CRPE et pour la majorité des concours du 2d degré.
Pour SUD éducation, les lauréat·es déjà titulaires d’un M1, d’un M2 ou dispensé·es de diplômes devraient pouvoir bénéficier des deux années de formation rémunérée.
Comment se passera l'affectation des lauréat·es ?
- Dans le 1er degré, les candidat·es font leurs vœux d'affectation au sein de leur académie dès l'inscription. L'affectation se fait ensuite en fonction du classement, comme c'est déjà le cas.
- Dans le 2d degré, les candidat·es font leurs vœux au moment de l'admissibilité en choisissant parmi les affectations possibles en fonction de la cartographie des formations.
- Le ministère maintiendra si possible les lauréat·es dans l'académie de formation, sous réserve de la présence d'une formation et sous réserve du rang au concours.
- Les lauréat·es des concours L3 et M2 déjà en poste resteront dans leur académie d'exercice.
Pendant la période transitoire (c'est-à-dire pour les sessions 2026 et 2027) :
- les titulaires d’un master seront affecté·es au barème
- les titulaires d’une licence seront affecté·es en fonction de leur rang de classement et de la formulation de leurs vœux mais les lauréat·es qui ont au moins un enfant à charge ou qui sont en situation de handicap seront automatiquement affecté·es sur leur vœu 1.
Les candidat·es qui présentent une situation médicale particulière pourront demander un réexamen de leur affectation pendant la phase de révision.
Pour SUD éducation, l'affectation des lauréat·es doit reposer sur un barème clair et transparent, qui prenne aussi en compte la situation familiale.
Ce qu'on ne sait pas encore
Il reste un certain nombre de zones d'ombre sur l'organisation des concours et de la formation initiale :
- un dispositif de dispense des épreuves d'admissibilité du CRPE pour les candidat·es qui seraient titulaires de la nouvelle licence de professorat des écoles (LPE) avait été annoncé mais ce "fast-track" est encore en discussion. Des précisions devraient être apportées en janvier ;
- les référentiels de formation ont été soumis aux organisations syndicales dans le cadre de la concertation sur la mise en place de la réforme mais nous ne savons pas encore si les remarques seront prises en compte, alors même que les Inspe doivent déjà travailler sur les maquettes des formations ;
- la carte des licences professorat des écoles (LPE), mises en place dans les Inspe, est à peu près connue mais la répartition des masters enseignement et éducation (M2E) dans les Inspe avec le nombre de places dans chaque centre de formation n'est pas encore publiée. Les premiers retours dont nous disposons laissent entrevoir une fermeture d'un certain nombre de centres de formation, avec des conséquences pour les personnels des Inspe et le maillage territorial de la formation initiale.
Pour SUD éducation, la réforme de la formation initiale ne doit pas déboucher sur des fermetures de centres de formation des Inspe et doit être accompagnée de moyens supplémentaires pour les universités, qui sont déjà sous tension.
